La légende du Chamois aux grandes cornes noires


Pour célébrer le retour du chamois…

 

 

     Il y a bien longtemps, les chamois peuplaient les montagnes du Morvan, parcourant les pentes escarpées et les vallées verdoyantes en toute liberté. Mais au fil des siècles, les chasseurs et les bergers les ont chassés, exterminés, les contraignant à fuir vers des terres moins hostiles, toujours plus hautes, toujours plus froides.

Mais une vieille sorcière, La Berthe de Saint-Prix disait à qui veut l'entendre que le chamois reviendrait... mais personne ne l'écoutait. Personne ne voulait l’entendre.

Elle racontait :

Un jour, un chamois au grandes cornes noires reviendra pour guider son troupeau vers leur terre ancestrales. Vous verrez…

On ne l’avait pas brûlée comme en d’autres temps mais dénigrée et solitaire, elle avait fini sa pauvre vie dans les ruines de sa masure, oubliée de tous.

 

    Mais un matin qu'avril 2024, alors que le soleil se levait à l'horizon, les premiers chamois firent leur apparition dans les montagnes du Morvan, à Roussillon précisément. Le chamois aux grandes cornes noires, majestueux et imposant, conduisait ses congénères avec grâce et sagesse, reconquérant leurs terres d’antan. Les chamois retrouvèrent leur place dans les montagnes du Morvan, peuplant à nouveau les ubacs et adrets des vallées verdoyantes.

Les habitants les accueillirent avec respect et admiration, reconnaissant en eux les gardiens de la nature. Leur retour fut célébré comme un signe de renouveau et de paix, un rappel de l'importance de préserver la faune sauvage et de respecter la nature qui nous entoure.

 

  

   Et la légende du chamois au grandes cornes noires, perdure, rappelant à tous qu'il est possible de vivre en harmonie avec la nature si l'on respecte les équilibres fragiles qui la régissent. Les habitants du Morvan furent remplis d'espoir et de joie à l'idée de retrouver ces majestueuses créatures dans leur région.

 

Fin 

 

Augustin Aurora Avril 202


On demande...


      Si d’aventure sur un coup de Folie, vous décidiez de vous rendre au hameau éponyme, commune de Moux-en-Morvan, bien peu d’autochtones sauraient vous indiquer le bon chemin : ledit lieu – jadis si prospère – a disparu, submergé par la végétation au cœur de la forêt de Montaigu. Voici pourquoi !

     Bartholomine, une veuve d’une cinquantaine d’années, Antoine et Pierre ses deux gars, Claudine, une domestique de Planchez vivaient dans la dernière masure couverte de paille du hameau. Sous le poids de la neige, l’autre maison avait déjà perdu son toit et ses habitants. Mais la maison de Bartholomine résistait encore aux affres de la pluie, du vent et du temps grâce au labeur des deux frères.

Pierre, le plus âgé qui allait sur ses 25 ans, se tuait au travail. Du petit matin au coucher du soleil, au fil des saisons, il était aux champs plantant l’avoine, au pré coupant les foins, dans la forêt abattant le bois pour le prochain hiver. Si son frère Antoine préférait le chant des coucous et courir le guilledou* auprès des filles de Moux, il s’activait aussi auprès des animaux.

Tu le couves comme une mère poule, s’indignait Pierre à l’adresse de sa mère.

Mais il n’a que 20 ans, malingre, faible et délicat, se convainquait la mère protectrice.

 

Néanmoins, on le voyait s’affairer à l’étable, réparer l’enclos de la vache et de son veau, prendre soin de ses abeilles qu’il élevait – au grand dam de tous – comme des animaux domestiques. Ainsi, chacun des deux frères, en mémoire de leur père décédé trop tôt à la mine de bauxite, travaillait ardemment à la ferme.

Mais un jour d’octobre, lors du jeu de quille de la Saint-Denis, arriva une belle jeune fille que tous les hommes dévisageaient en secret.

Qui est donc cette si charmante créature, demanda Pierre à son ami Saturnin, l’apothicaire.

 Louise, la fille du Jean, le meunier du moulin de Chazelle. Belle et riche, dit-on. Son père la dote de cinq vaches !

Et moi qui n’ai qu’une masure qui tombe en ruine, je n’aurai aucune chance.

— Il est vrai, mais nul ne connait l’avenir.

 

    Parfois, il est de charmantes courtisanes s’éprenant de rudes gaillards. C’est ainsi qu’un dimanche, après la messe, devant Pierre médusé, Louise échappa innocemment son mouchoir. Un regard échangé, Pierre subjugué, se risqua :

 — Votre bien, Mademoiselle.

 

Ce premier échange en appelant d’autres, les tourtereaux se retrouvèrent en des lieux des plus discrets. À la Saint-Jean, Saturnin – devenu « croque-avoène* » pour un jour – alla demander, de la part de Pierre, la main de Louise. Le meunier promit de réfléchir.

 

Le jour suivant, il attèle son âne et se rend à la Folie rencontrer la mère du prétendant :

— Bonne Bartholomine, je n’irai pas par quatre chemins. Ton fils, Pierre a demandé la main de ma fille. On dit qu’ils s’aiment mais j’envisage un meilleur parti pour ma fille. 

La mère se tait, se lève, ouvre la maie, prend un pot de miel et murmure :

Voici un cadeau et nous reparlerons de tout cela après Noël.

 

Advint l’Épiphanie, la mère qui avait une idée derrière sa coiffe, s’aventure jusqu’au moulin de Chazelle.

— L’automne dernier, tu m’avais parlé d’un beau parti pour ta fille ! Combien as-tu de filles ?

— Une seule, ma foi, concède l’homme.

— As-tu d’autre fils ?

— Non, avoue le meunier.

— Ainsi, je te propose les bras de mon fils. Chacun reconnait que c’est une force de la nature. Mon fils travaillera avec toi au moulin. Les futurs époux vivront à la Folie : à deux lieues d’ici.  Nous ferons un contrat de mariage, bien sûr…

 

    De retour au hameau, la mère informe Pierre :

— Pour fêter tes fiançailles avec Louise, j’ai convenu que vous vivrez ici et que tu iras travailler au moulin. Le meunier a accepté ce contrat.

— Il me faudra donc travailler ici et au moulin, découvre Pierre, stupéfait.

— Crois-tu que Paris se soit construit sans larme ni sueur ?

Les jeunes amants qui continuaient à se voir secrètement, s’interrogent :

 — Tout ceci est de mauvais augure. Mon père n’est pas homme à se rétracter.

 — Les manigances de ma mère n’annoncent rien de bon. Mais je travaillerai comme un forcené pour que l’on puisse vivre ensemble, ma bonne amie.

 

En ce mercredi des Cendres, à la Folie comme partout ailleurs en Morvan, toutes les familles jeûnaient.

Claudine, la domestique, sous un prétexte futile, demande à Pierre de le suivre à l’étable. Elle lui confie alors :

— Saviez-vous que Madame votre mère m’a congédiée ce matin ?

— Non, et quel est son motif ?

— J’aurais dérobé une tasse de thé. Mais c’est faux. Elle a même ajouté qu’une certaine Louise sera tout à fait apte à remplacer une voleuse de mon espèce.

 

Sans plus attendre, Pierre, qui venait de comprendre maintenant le stratagème de sa mère, demande l’avis de Saturnin. Lui, qui avait flairé la combine des deux vieux, dit en plaisantant :

 — Tiens, si tu veux éviter les ennuis, regarde ce vieux journal trouvé à Saulieu. On demande pour une grande exploitation en Algérie : un charron-forgeron, un maçon, des cultivateurs, charretiers et vignerons ...Tu n’as que l’embarras du choix. 

— Montre-moi l’annonce, s’enquière Pierre.

     

    Le jour des fiançailles, fixé à Pâques, approchait. Pierre ténébreux, n’avait rien dit mais préparé ce jour comme n’importe quel prétendant l’aurait fait. Il était prévu de manger le plus beau coq de la basse-cour : le coué*.

Mais Pierre ne mangea pas le volatile : une semaine avant le jour fatidique, il disparut ainsi que sa future épouse et son frère.

Des recherches furent effectuées. Accompagnés de Monsieur le Maire de Moux, les gendarmes virent de Château-Chinon. Si les futurs mariés étaient tombés dans le Chazelle*, s’ils avaient été détroussés par des brigands, leurs corps auraient été retrouvés. Il y avait bien les loups qui s’attaquaient aux enfants mais Pierre était si robuste : il ne se laisserait jamais intimider par ces animaux. Dans certaines chaumières, on parlait même de fantômes, de revenants, du Peu*…

Les jours, les mois passèrent, mais personne ne revit Pierre, Louise et Antoine.

 

Peu de temps après ce départ prémédité, la mère accablée, de remords, décède sans descendance, laissant la forêt reprendre ses droits.

On dit aussi que les enfants de Pierre et Louise seraient en revenu en France, bien plus tard.                                                       

 

 

Fin

* Courir le guilledou : Séduire de nombreuses femmes.

* un croque-avoène : En Morvan, individu qui négociait en vue d’un mariage.

* le coué : le plus beau coq de la basse-cour.

* le Chazelle : cours d’eau affluent du Ternin.

* Le Peu : le Diable                                                                              

 

 

 

Augustin Aurora, mars 2024

 

 

 


Le Bien Public - 5 septembre 1885
Le Bien Public - 5 septembre 1885


compteur internet